Marc Scott

Langue parlées français

Bio

  • Originaire de Hull dans l'Ouest québécois, Marc Scott est demeuré tour à tour dans l’Est ontarien et l’Outaouais québécois. Fervent défenseur de la langue française, il démontre un amour particulier pour le théâtre. Il devient dramaturge, metteur en scène et comédien dans plus de 30 productions.

    Maintenant retraité de l’enseignement, il a eu une imposante carrière dans le domaine de l'éducation : il a été enseignant et chef de secteur au secondaire, professeur au collégial, professeur invité à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa, rédacteur de programmes et de cours d'études, validateur de cours pour le Centre des études indépendantes, évaluateur de cours pour le Centre de leadership en éducation et professeur qualifié de la fonction publique fédérale en français, langue seconde.

    En plus d’avoir œuvré pour des maisons d'éditions québécoises et ontariennes en tant que correcteur-réviseur et évaluateur de manuels scolaires et de manuscrits divers, Marc a toujours écrit de la fiction. Il a rédigé des romans pour la jeunesse, des recueils de contes, de récits et de légendes, des pièces de théâtre et des romans grand public. Il est actuellement en période d’écriture.

    En 1994, Marc fonde les éditions du Chardon Bleu à Buckingham, une vraie maison d’édition. Il a publié 17 livres jusqu’ici, dont les deux derniers en 2015 : Contrebande en Thaïlande, qui est un roman d’aventure, un polar, dont le thème principal est le trafic des cornes d’ivoire; et Génial! Mes parents se séparent! qui se penche sur les familles non traditionnelles et leur impact sur les enfants.

    Marc est aussi un conteur, un animateur d’ateliers d’écriture et un célébrant des mariages ici et là.

    Extrait du 1er chapitre de «Contrebande en Thaïlande. Une aventure de Jack Delorme», paru en octobre 2015.
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    ENTRE NOUS
    -Bonjour, Mesdames et Messieurs. Bienvenue à cette première émission de l’année 2005. Ici, Martine Bolduc! Je vous souhaite une bonne et heureuse année et j’espère que vous continuerez de nous suivre à l’émission ENTRE NOUS tout au long de l’année. Aujourd’hui, nous vous présentons une émission un peu spéciale, à la suite du tsunami qui a fait rage après un tremblement de terre dans l’océan Indien en décembre dernier. Nous avons demandé à certains de nos chroniqueurs de sauter leur tour pour nous attarder à cette catastrophe d’une ampleur jamais vue. Mais, avant de rencontrer le président de la Croix Rouge canadienne, nous nous entretiendrons avec Monsieur Jack Delorme, un détective privé bien de chez nous. Alors, ne quittez pas, nous vous revenons immédiatement après ces quelques messages.
    Le régisseur donna le signal aux techniciens du son qui coupèrent les micros sur le plateau; un vidéaste mit en marche les annonces des émissions qui seraient diffusées à l’antenne de Rogers durant la semaine; un bénévole invita Jack à s’asseoir dans un fauteuil face à Martine. On s’assura d’allumer le récepteur du micro-cravate qu’on lui avait installé préalablement. Les annonces se terminèrent et les caméras se braquèrent sur l’animatrice et son invité.
    -Nous voici de retour. Bonjour, Monsieur Delorme.
    -Appelez-moi Jack, s’il vous plaît.
    -Alors, Jack, vous êtes natif de la basse-ville, ici même à Ottawa, n’est-ce pas?
    -En effet.
    -Pourtant, on parle de vous dans les actualités internationales depuis deux bonnes années. Il semble que vous soyez un détective hors pair. Vous avez résolu des enquêtes importantes là où d’autres avaient échoué avant vous.
    -Euh… J’ai eu de la chance. Et j’ai été bien appuyé aussi.
    -Avant de rappeler à nos téléspectateurs et téléspectatrices les enquêtes auxquelles vous avez participé, j’aimerais bien que vous me parliez un peu de votre passé, de votre choix de carrière et de la formation que doit suivre une personne pour devenir détective privé.
    -Bof! Ça n’a rien de bien emballant, vous savez.
    -Dites toujours : nous laisserons les gens décider.
    -Je ne sais vraiment pas par où commencer.
    -Nos recherchistes m’ont appris que vous
    viviez sur la rue Guigues, à deux pas du Marché By et que vous avez été boulanger. Est-ce exact?
    -C’était plutôt mon père qui avait une ronne de lait. Il était laitier depuis belle lurette, mais sa santé flanchait et, pour lui venir en aide, j’ai quitté l’école après ma dixième année et je l’accompagnais tous les jours, transportant les gros bacs de bouteilles de l’entrepôt au camion.
    -C’est vrai. À cette époque, le lait était encore livré dans des bouteilles de verre transparentes. Et souvent les laitiers les laissaient en plein soleil. C’était assez imprudent, pour ne pas dire malsain.
    -En effet. Mais personne n’en est mort, à ce que je sache, répliqua Jack sur la défensive.
    -Et votre papa, que lui est-il arrivé ?
    -Mon père souffrait d’emphysème et tout déplacement lui demandait des efforts énormes. Il fumait depuis son adolescence. Alors, j’essayais d’alléger ses tâches, de peur qu’on le remercie de ses services à la laiterie. Lorsqu’il est décédé, j’ai dû me trouver un autre emploi pour subvenir à nos besoins, à ma mère et à moi-même. Je suis devenu vendeur dans une mercerie durant quelques années, jusqu’au décès de ma mère. À cette époque, j’avais dix-neuf ans à peine, une maison héritée de ma mère et une petite rente viagère, grâce à une assurance vie que ma maman avait pris soin de contracter.
    -Et c’est là que vous êtes retourné aux études en techniques policières pour devenir détective?
    -J’aimerais bien vous dire que c’est ce qui s’est passé. Mais non! Mon parcours a été un petit peu plus long et tortueux. Je ne suis retourné aux études que beaucoup plus tard. En fait, à cette époque, j’ai lancé une agence de rencontres.
    -À dix-neuf ans?
    -Tout le monde sait qu’un garçon de 19 ans n’a qu’une idée en tête vingt-quatre heures par jour : se trouver une blonde! Je me disais que ce serait une excellente occasion de rencontrer l’âme soeur. Je voyais des annonces dans les journaux locaux et j’ai placé la mienne au-dessus des autres parce que je l’ai prise en caractères gras, ce qui coûtait plus cher à l’époque.
    -Ç’a fonctionné?
    -Oui, malgré quelques anicroches : au début, ce fut un départ assez lent, car les dames n’osaient pas se confier à un jeune homme comme moi : j’avais plusieurs candidats masculins, mais très peu de femmes. Alors, j’ai embauché Francine, une gentille dame qui était venue me consulter quelques semaines plus tôt et qui avait l’air délurée; au bout de quelques années, elle est devenue ma compagne. Les affaires ont été florissantes jusqu’à ce que l’internet entre en jeu et accapare le marché des coeurs esseulés. Plus personne n’avait à se déplacer pour trouver le grand amour : il était plus facile et confidentiel de naviguer sur la toile, chez soi, en pyjama, avec une bonne tasse de café en main. Et j’ai dû me recycler.
    -Vous êtes devenu détective.
    -Oui, c’est ça. Avec l’aide de Francine et grâce à ce que nous avions appris tous les deux sur le comportement humain par nos nombreuses observations des visiteurs, j’ai décidé de créer une agence, Investigators Inc., qui s’est rapidement spécialisée dans la recherche de chiens ou de chats perdus, des sacs à main volés, de maris cocus ou d’épouses trompées.
    -Tout allait bien donc.
    -On peut le dire, malgré la colère de certaines personnes. Je gagnais à peine ma vie; les clients se faisaient rares par moments, mais j’étais heureux. Jusqu’au jour où Francine m’a appris qu’elle me larguait parce que je manquais d’ambition. Elle ne se voyait pas exercer ce métier «minable», c’est le mot qu’elle avait utilisé à l’époque, le reste de ses jours.
    -Désolée de remuer ces souvenirs.
    -Non, non, ça va : c’est du passé… Puis, un certain monsieur Wainright a frappé à ma porte et m’a donné l’occasion de vraiment faire mes preuves dans une affaire…
    -Pardon, Monsieur Delorme, je dois vous interrompre pour une pause publicitaire. Au retour, nous parlerons de ces deux enquêtes qui ont fait de vous un héros presque national.
    Encore une fois, le régisseur coupa les micros du studio et demanda au vidéaste de passer les messages des commanditaires. Sur le plateau, Martine remercia Jack de sa candeur et le pria de répondre à ses questions avec un peu plus de brièveté, en quelques mots seulement, car il y avait un autre invité ce jour-là et elle voulait s’entretenir avec lui durant la dernière demi-heure. Un peu surpris par le ton directif de l’animatrice, Jack acquiesça sans rechigner.
    -Nous voici de retour et nous reprenons notre entretien avec Jack Delorme, détective privé issu de la basse-ville d’Ottawa et maintenant reconnu à l’international grâce à ses prouesses dans deux enquêtes désormais célèbres. Jack, où demeurez-vous actuellement?
    -Bien, c’est un peu difficile à dire, car je suis entre deux domiciles. Pour le moment, un ami m’héberge chez lui jusqu’à ce que je trouve l’appartement ou la maison qui me conviendra. J’ai vendu ma demeure de la rue Guigues; puis je suis resté dans la maison Scott-Fairview, rue Gamelin à Gatineau. J’ai dû quitter cet endroit, car on y fera des rénovations majeures sous peu. Je suis donc revenu du côté ontarien, chez cet ami.
    -Vous avez sauvé une petite fille qui avait été kidnappée sur une plage du Mexique, n’est-ce pas?
    -Oui. Grâce aussi à une dame, Marina Maria Costa di Santiago, qui me servait de guide et d’interprète lorsque je suis allé au Mexique. À nous deux, nous avons suivi la filière des enlèvements et nous avons retrouvé, non seulement la fillette, mais aussi plusieurs enfants qui travaillaient dans des conditions exécrables, enfermés à l’intérieur de manufactures clandestines aux Philippines. C’était de l’esclavage pur et simple.
    -Votre enquête a aussi permis d’arrêter quelques têtes dirigeantes de ce trafic éhonté d’enfants à travers le monde.
    -Disons que nous avons aussi eu l’aide d’un homme admirable, André Sigouin, un policier de Gatineau, qui a donné sa vie pour mettre à jour un réseau
    de trafic d’organes. Le gouvernement mexicain a fait le reste et a signé des ententes d’extradition avec les Philippins.
    -Et c’est la même Marina qui vous a lancé dans votre deuxième enquête, celle des vols de tableaux en Russie?
    -Oui, c’est elle, répondit Delorme sans savoir s’il devait ajouter autre chose ou se taire, comme on le lui avait demandé.
    -Vous avez réussi à mettre à jour un autre réseau de trafiquants, des gens qui s’appropriaient des oeuvres d’art très chères.
    -Oui. Il semble que ces voleurs, qui étaient aussi des tueurs sans pitié, faisaient la pluie et le beau temps dans le monde des expositions de toiles hors de prix. Leur chef, un certain Sasha, planifiait tous les braquages et il réussissait à faire passer les peintures à l’étranger à bord de navires battant des pavillons différents. On m’a dit que ces oeuvres se retrouvaient dans des collections privées de gens fortunés et que ces trésors disparaissaient à jamais des yeux du commun des mortels, comme vous et moi.
    -Vous avez été décoré pour vos efforts?
    -Comment?
    -Avez-vous reçu des distinctions? Je ne sais pas, moi, comme l’Ordre du Canada ou quelque chose du genre?
    -J’ai été payé pour mes services. Et grassement, si je peux dire. Quant aux prix ou aux distinctions, je ne les recherche pas du tout. Un détective doit savoir s’effacer, se faire oublier, ne pas paraître dans les médias trop souvent. C’est un peu notre force à nous, de ne pas être trop connus : ça facilite les déplacements, cette absence de visibilité.
    -Mais vous avez quand même accepté de venir ici aujourd’hui et vous avez été très généreux dans vos réponses. Je tiens à vous remercier chaleureusement, Jack.
    -C’est avec plaisir que j’ai accepté.
    -Et la prochaine enquête, c’est pour quand?
    -Je ne le sais pas. Je n’ai rien à mon agenda actuellement. Je pensais prendre un peu de repos, de recul. Je dois aussi me trouver une demeure.
    -Eh bien! Voilà, Mesdames et Messieurs, le portrait d’un gars de chez nous qui a bien tiré son épingle du jeu jusqu’ici.
    (c) 2015. Le Chardon Bleu et les éditions du MAS